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La tradition

LA CONCEPTION IMMACULEE

ET LA NAISSANCE DE LA VIERGE MARIE

Sainte Anne et Marie


Dans notre religion chrétienne, il y a plusieurs sources d’enseignement : au premier plan évidemment, la Bible, la “Sainte Ecriture” - et au 2ème plan, la “Tradition” : ce qui se transmet de père en fils, depuis des siècles, comme un trésor de famille.

A cette Tradition, on peut inclure les Evangiles apocryphes, les Protévangiles. Même si l’Eglise ne les reçoit pas comme révélation divine, elle les admet comme source historique, au même titre que d’autres écrits profanes de la même époque (2ème-3ème siècle).

Deux d’entre eux parlent de Sainte-Anne : le “Protévangile de Jacques” et le “Pseudo-Mathieu”. Ce qu’ils nous en disent a toujours été cru par le peuple chrétien, et a été prêché depuis les Pères de l’Eglise (entre autres Eusèbe de Césarée, St Jérôme, St Bède le Vénérable), et repris au 13ème siècle par Jacques de Voragine dans sa côlèbre “Légende Dorée” (comprendre: “les perles d’or, qu’il faut retenir de la vie des saints”).  Par ailleurs la Liturgie de l’Eglise Latine a intégré une fête qui n’est connue que par les Apocryphes : la Présentation de Marie au Temple de Jérusalem par ses parents.

Sainte Anne

(Extraits de la Légende Dorée de Jacques de Voragine, chap. 129)

Eusèbe de Césarée, dans son Histoire Ecclésiastique (3ème siècle), et Jean Damascène (8ème siècle), dans sa Chronique, raconte que le roi Hérode, pour faire croire à la postérité qu’il était noble et descendait d’Israël, fit brûler toutes les généalogies de juifs qui étaient conservées dans les archives secrètes du Temple. Mais il y eut des juifs, parent du Christ, qui reconstituèrent la généalogie de leur divin parent, en partie d’après les traditions de famille, en partie d’après des livres qu’ils avaient conservés.  eux, nous devons de savoir que Anne, la femme de Joachim, eut une sœur nommée Ismérie, qui fut mère d’Elisabeth (mère de Jean Baptiste) et d’Eliude.  Quant à Anne, la tradition rapporte qu’elle a eu successivement trois maris : Joachim, Cléophas et Salomé. De Joachim, elle eut une fille, la vierge Marie, qu’elle donna en mariage à Joseph. Puis après la mort de Joachim, elle épousa Cléophas, de qui elle eut une autre fille appelée également Marie et donnée plus tard en mariage à Alphée. Cette seconde Marie en eut quatre fils : Jacques le mineur, Joseph le juste, Simon et Jude. Enfin de son 3ème° mariage avec Salomé, Anne eut encore une fille, également appelée Marie et qui épousa Zébédée, et qui fut mère de Jacques le majeur et Jean l’évangéliste.

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D’autre part saint Jérôme nous dit dans son Prologue avoir lu dans son enfance un petit livre où se trouvait raconter l’histoire de la naissance de la Sainte Vierge : Joachim élevait des troupeaux de moutons à Séphoris, près de Nazareth, mais sa famille possédait une maison à Jérusalem près de la Piscine Probatique. Il s’était marié avec Anne, qui était de Bethléem. Tous deux vivaient sans reproche, accomplissant tous les commandements du Seigneur ; ils faisaient de tous leurs biens trois parts égales : une pour eux-mêmes et leur famille, une au Temple, l’autre aux pauvres et aux pèlerins.

Mais comme après 20 ans de mariage, ils n’avaient pas d’enfant, ils firent le voeu, si Dieu leur accordait un enfant, de le consacrer au service divin. Le jour de la fête de la dédicace, Joachim se rendit à Jérusalem, comme il faisait pour les trois grandes fêtes de l’année, et alla présenter son offrande avec ceux de sa tribu. Mais le prêtre le repoussa avec indignation de l’autel, affirmant que c’était un scandale qu’un homme infécond, incapable d’augmenter le peuple de Dieu, présente son offrande à Dieu qui avait mis sur lui signe de sa malédiction. Sur quoi Joachim, tout confus, n’osa pas retourner chez lui et s’en alla séjourner avec ses bergers.

Mais pendant qu’il se trouvait là , un ange lui apparut un jour avec une grande lumière et lui dit : ” Je suis envoyé vers toi par le Seigneur pour t’annoncer que les prières ont été entendues et que des aumônes se sont élevées jusqu’au trône divin. Dieu a vu ta honte, et entendu les injustes reproches qu’on a fait de ta stérilité. Dieu ne punit pas la nature mais seulement le péché. Et souvent quand il fait attendre un enfant c’est ensuite pour l’accorder de manière plus miraculeuse, pour qu’on sache que ce n’est pas de la luxure que doit naître un enfant.

Est-ce que Sarah, la mère de votre race, n’a pas supporté jusqu’à  90 ans l’opprobre de la stérilité avant de donner le jour à Isaac ? Est-ce que Rachel n’a pas été longtemps stérile avant d’enfanter Joseph qui commanda l’Égypte ? Qui fut plus fort que Samson ou Samuel nés tous les deux de mères stériles ? Sache donc que, de la même façon, ta femme te donnera une fille. Tu l’appelleras Marie. Selon ton vœu, elle sera consacrée au Seigneur dès l’enfance ; dès le sein de sa mère, elle sera pleine du Saint Esprit. Et pour que sa pureté ne donne lieu à aucun soupçon, elle sera gardée à l’intérieur du Temple.

Et de même qu’elle sera née d’une stérile, elle enfantera miraculeusement le Fils du Très-Haut, qui s’appellera Jésus, et qui apportera de salut à toutes les nations. Quant aux signes qui te prouveront la vérité de mes paroles, écoute ! En arrivant à Jérusalem, à la Porte Dorée, tu rencontreras ta femme Anne, inquiète de ta longue absence, et qui se réjouira grandement de ton retour !”

Cela dit l’Ange disparut, et apparut ensuite à Anne qui pleurait amèrement l’absence de son mari : ” Allez à la Porte qu’on appelle Dorée, à la rencontre de votre époux ; aujourd’hui même, il viendra à vous”. Anne aussitôt courut à la rencontre de son mari et devant la porte Dorée put enfin se jeter dans ses bras, en s’écriant :

“Maintenant je sais que Dieu m’a bénie grandement ; j’étais veuve et je ne le suis plus ; j’étais stérile et j’aurais une vie dans mon sein”. Anne et Joachim se retrouvèrent donc à la Porte Dorée, se réjouissant de leurs visions et de la postérité qui leur était promise. Et ayant adoré le Seigneur, ils revinrent chez eux. C’est ainsi qu’Anne conçut (8 décembre) et mit au monde (8 septembre) une fille, qui fut appelé Marie. Et lorsque furent achevées les trois années de l’allaitement, l’enfant fut conduite au Temple avec des offrandes (21 novembre). Le Temple était situé sur une montagne ; et pour parvenir à l’autel des holocaustes qui se trouvaient à l’extérieur, il fallait encore monter 15 marches, correspondant aux 15 psaumes graduels. Et voici que la petite-fille monta toutes ces marches sans l’aide de personne, comme si elle était déjà dans la perfection de l’âge. Puis quand elle eut accompli son offrande, ses parents revint chez eux, la laissant avec les autres jeunes filles dans le Temple.

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Jacques de Voragine (1228-1526)

( Source : http://www.gaidig.org/steursul/voragine.html )

Jacques de Voragine naquit en 1228 environ, à Varazza près de Gênes en Italie. A Issu d’une famille modeste, il entra très jeune chez les Dominicains et grâce à ses talents de prédicateur fut nommé provincial de l’ordre avant de devenir archevêque de Gênes nommé par le pape Nicolas IV.

Nous n’en parlerions peut-être plus aujourd’hui, s’il ne nous avait laissé un ouvrage qui eut une influence considérable sur l’art du Moyen-âge : la “Légende dorée”, que beaucoup aiment encore à consulter, à l’occasion des visites faites dans les églises et les musées car les personnages que nous voyons représentés dans la pierre, le bois, sur les vitraux ou sur les toiles des peintres sont tels que nous les décrit Jacques de Voragine, reconnaissables à l’instrument de leur martyre qui nous permet de les reconnaître et de reconstituer leur histoire. Le mot “légende” est à prendre au sens latin du terme legenda : qui doit être lu, digne d’être lu, dans le but d’édifier l’âme et de la rapprocher de son divin Créateur. Legenda Aurea, légende d’or car tout ce qu’elle dit a de la valeur par le contenu exemplaire de chacune des vies de saints qu’elle raconte.

Ce récit rédigé dans la deuxième moitié du XIIIème siècle est une vaste compilation d’histoires des vies de saints et martyrs mêlées d’épisodes de la vie du Christ. Jacques de Voragine cite ses sources : les évangiles apocryphes (Nicodème), les textes de Saint Augustin, de Saint Jérôme, de Grégoire de Tours, entre autres. Dès sa parution, cet ouvrage connut une grande vogue ; c’est à travers cette œuvre que s’est forgée une partie de l’iconographie chrétienne.

Repères chronologiques

1228
Naissance de Jacques de Voragine à Varazze près de Gênes. Fondation de la basilique de Saint François d’Assise. L’ordre des franciscains a été fondé en 1226, année de la mort de saint François d’Assise.

1244
Jacques de Voragine entre dans l’ordre des Frères Prêcheurs fondé par Saint Dominique en 1216. Prise de Jérusalem par les musulmans.

ca. 1260
Jacques de Voragine écrit La Légende dorée.

1267
Jacques de Voragine est élu provincial de Lombardie.

1292
Jacques de Voragine est nommé archevêque de Gênes par Nicolas IV.

1298
Mort de Jacques de Voragine, à 70 ans, six ans avant la naissance de Pétrarque à Arezzo (1304) et quinze ans avant la naissance de Boccace à Certaldo, près de Florence (1313). La même année, Marco Polo compose Le Livre des Merveilles, aussi intitulé Le Devisement du Monde.